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RETOUR SUR LA LESBIAN GAY PRIDE 2015

A lire dans le quotidien Sud-Ouest cet article de Thomas Villepreux

Voilà deux ans, le mariage pour tous bouleversait pas mal de repères. À Arcangues, les convictions du maire s'en retrouvèrent si ébranlées qu'il décida d'empêcher l'union de Jean-Michel Martin et Guy Martineau-Espel, deux de ses administrés. L'affaire avait fait grand bruit. D'autant que M. Colo avait endossé le costume du héraut basque de la Manif pour tous, ce mouvement opposé à la loi Taubira.

En 2015, maires et élus ont pris l'habitude de célébrer ces mariages entre personnes de même sexe (près de 20 000 sur tout le territoire). Les anciens de la Manif pour tous ont quitté le pavé. Et les noces de cuir ou de coton sont à peine passées que les premiers divorces sont prononcés… Histoire d'illustrer une forme de normalité dans le changement.

Pour autant, les mouvements LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) ne relâchent pas leurs efforts, comme en témoigne l'action des Bascos. Présidée par Bernard Gachen, cette association bayonnaise fut en première ligne durant l'épisode arcanguais. Avant la Gay Pride organisée demain, à Biarritz, elle prépare ses chars et ses slogans sans amnésie.

L'opposition plus structurée

« En deux ans, beaucoup de choses ont changé, mais pas toujours de façon positive, constate Bernard Gachen. Quand le Pacs était en cours d'installation, cela suscitait déjà un débat frontal. Le mariage pour tous, qui a connu les mêmes déboires, entre lui aussi dans les mœurs. C'est bien. Or la loi Taubira a permis à l'opposition de se structurer. En instrumentalisant cette thématique à des fins politiques, les traditionalistes ont renforcé leur poids. »

D'où une nécessité de militer encore davantage pour la reconnaissance des droits, via la Gay Pride ? « Cette marche offre surtout une visibilité. C'est aussi une occasion de faire la fête et d'avancer fièrement, répond Bernard Gachen. Bien sûr, cela permet aussi de faire passer des messages. Mais ce rendez-vous est un peu aux homosexuels ce que le 1er-Mai est aux syndicalistes. Il est indispensable. Mais il faut voir au-delà, diversifier les actions et établir plus de collaborations avec d'autres associations. »

Au Pays basque, les Bascos y travaillent. Notamment en « s'ouvrant à d'autres luttes, comme la laïcité, en lien avec le Planning familial, ou le handicap, avec l'Association des paralysés de France ». « Nous devons nous serrer les coudes, reprend Bernard Gachen. Avec la loi Taubira, les antis ont perdu. Mais après ce vote, ils se sont montrés efficaces dans le gel des évolutions, comme la PMA (1) pour les femmes. »

Aussi, avant les États généraux de tous les mouvements LGBT de France, auxquels participeront Les Bascos, en novembre, Bernard Gachen et les 250 membres de son association restent mobilisés. Et actifs, comme en témoigne aussi l'ouverture espérée d'un local à Pau.

Et les traces d'Arcangues, dans tout cela ? « Ce qui en reste, c'est une impression de ridicule. Cet épisode s'est déroulé au début d'une montée de passion irrationnelle. Si les choses se sont globalement calmées depuis, nous savons que des forces locales n'ont pas perdu espoir de revenir sur cette loi et sur le reste. L'évêque en fait partie. »

Avant 2017

Toutefois, l'association bayonnaise observe avec joie certaines évolutions. Notamment la décision de la cour d'appel de Versailles qui, en avril dernier, autorisa quatre couples de lesbiennes à adopter des enfants conçus à l'étranger par PMA. « De même, les couples de même sexe mais de nationalités différentes, ne pouvaient se marier en raison d'accords internationaux supérieurs à la loi française, ajoute Bernard Gachen. Ça aussi, c'est réglé. »

Restent les stéréotypes. La chose la plus dure à combattre d'après Les Bascos. « Informer les gens sur la réalité des familles homoparentales, déconstruire les idées reçues, cela se prépare. » Avant l'élection présidentielle de 2017, les militants bayonnais seront prêts. « Car, pensent-ils, le débat reviendra à coup sûr sur le tapis. »

(1) Procréation médicalement assistée.